L’association Stop Homophobie a exprimé son « inquiétude » dans une déclaration lundi à l’AFP après l’arrestation récente au Sénégal de 12 personnes, dont deux célébrités locales, accusées notamment « d’actes contre nature », terme désignant les relations sexuelles entre deux personnes de même sexe dans ce pays d’Afrique de l’Ouest où elles sont interdites.
Au Sénégal, pays majoritairement musulman et très pratiquant, la loi réprime d’un à cinq ans d’emprisonnement les actes dits « contre nature avec un individu de son sexe ». Des personnes y sont régulièrement arrêtées sous ces chefs d’accusation.
La gendarmerie avait annoncé samedi avoir arrêté douze Sénégalais pour « association de malfaiteurs, actes contre nature, transmission volontaire du VIH sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui ».
Deux célébrités au Sénégal, Pape Cheikh Diallo, animateur radio et télévision, ainsi que le chanteur Djiby Dramé, font partie des 12 personnes interpellées, a confirmé dimanche à l’AFP un membre de la division communication de la gendarmerie.
« STOP Homophobie exprime son inquiétude face à ces arrestations », a déclaré à l’AFP Terrence Khatchadourian, secrétaire général de cette association basée à Paris, qui aide régulièrement des Sénégalais victimes de discrimination dans leur pays.
« Cette affaire rappelle qu’au Sénégal, les relations sexuelles entre adultes consentants restent criminalisées, exposant les personnes LGBTQIA+ à des arrestations arbitraires et à la stigmatisation », poursuit M. Khatchadourian.
Dans ce pays où l’homosexualité est largement considérée comme une déviance et les discriminations à l’égard de la communauté LGBTQ+ sont régulières, l’affaire agite les réseaux sociaux et fait les choux gras de la presse.
Une première interpellation d’un homme soupçonné de « s’adonner à des actes contre nature » en dépit de sa séropositivé a mené à l’interpellation des 11 autres, selon la gendarmerie.
Elle précise qu’au moins six des 12 interpellés, avaient été testées séropositives et que plusieurs avaient « continué à entretenir des relations sexuelles non protégées avec d’autres partenaires, tous des hommes ».
Ces dernières années, la question de l’homosexualité a souvent agité la société sénégalaise, certains la voyant comme une valeur occidentale incompatible avec les siennes.
Plusieurs manifestations à l’appel d’associations religieuses ont eu lieu ces dernières années pour demander le durcissement des peines encourues.
Alors qu’il était encore dans l’opposition, l’actuel Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a régulièrement promis de durcir la répression de l’homosexualité.
Devenu chef du gouvernement, il avait prévenu en mai 2024 les Occidentaux que leur activisme en faveur des homosexuels et des minorités sexuelles pouvait devenir un « nouveau casus belli ».
En octobre 2023, des images montrant une foule animée autour de ce qui était présenté comme la dépouille d’un homme homosexuel, déterrée pour être brûlée, avait suscité l’émoi. Des événements similaires ont eu lieu à plusieurs reprises dans le pays.
En 2021, le Sénégal a été retiré de la liste des pays d’origine sûrs par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), en raison des risques liés à l’orientation sexuelle.
AFP