Jeudi 2 avril, l’Institut Al-Mihrab, dirigé par l’Imam Mohamed Galaye Ndiaye, a accueilli à son siège de Molenbeek une table ronde d’envergure consacrée aux « Dynamiques contemporaines de la migration et de la diaspora en Europe : entre recompositions religieuses, culturelles et entrepreneuriat transnational ». Un rendez-vous intellectuel riche, réunissant chercheurs, responsables politiques et acteurs de la société civile autour d’un enjeu central des sociétés européennes contemporaines.
Après une introduction de l’Imam Ndiaye, la psychologue Fatima Ait Messaoud, modératrice de la soirée, a présenté le déroulé des échanges, donnant le ton d’un débat structuré et ambitieux. Plusieurs intervenants de renom ont ensuite pris la parole, parmi lesquels l’anthropologue Sophie Bava, professeure à l’université de Marseille et spécialiste reconnue des migrations mourides du Sénégal. A ses côtés, Redouane Attiya, islamologue et enseignant à l’université de Liège, Gregory VANDAMME
Enseignant à l’université de Louvain, spécialiste du soufisme et d’Ibn Arabi, ainsi que Moussa Diallo, député sénateur, l’Avocate au Barreau de Bruxelles, Me Nafissatou Tine, le journaliste Jamil Thiam de l’Observatoire des Sénégalais de la diaspora, et Omar Ba, figure de la société belgo-sénégalaise, ont apporté des éclairages complémentaires. La communauté mauritanienne en Belgique, représentée par sa présidente Madame Mame Coumba Mint Abdou, a marqué une présence décisive.
Dans un contexte européen marqué par de profondes mutations des mobilités humaines, les discussions ont souligné l’importance croissante des diasporas comme objets d’analyse majeurs pour les sciences sociales. La Belgique et la France, en tant que territoires historiques d’accueil, offrent en effet un terrain privilégié pour observer les recompositions religieuses, culturelles, économiques et politiques liées aux trajectoires migratoires.
L’intervention inaugurale de la professeure Sophie Bava a invité à dépasser les approches classiques centrées sur l’intégration ou l’assimilation. Elle a défendu une lecture dynamique des diasporas, envisagées comme des espaces de production de savoirs, d’innovations sociales et de ressources transnationales. Une perspective qui repositionne les migrants non plus en périphérie, mais au cœur des transformations des sociétés européennes.
La table ronde s’est également distinguée par la diversité des profils présents, incarnant la richesse et la complexité des parcours diasporiques. Les échanges ont permis d’aborder les tensions entre héritage culturel, insertion socio-économique et participation citoyenne, tout en dépassant les oppositions simplistes entre « ici » et « ailleurs ».

Un accent particulier a été mis sur l’entrepreneuriat diasporique, présenté comme un levier stratégique de recomposition économique et sociale. En Belgique comme en France, les initiatives portées par des acteurs issus de l’immigration participent à l’émergence de nouvelles dynamiques économiques, à la croisée du local et du global. Ces pratiques témoignent d’une capacité d’innovation et de résilience face aux obstacles structurels, notamment en matière d’accès aux ressources et de discriminations.
Au-delà de leur impact économique, ces initiatives contribuent à redéfinir les représentations et les rapports de pouvoir au sein des sociétés européennes. Elles participent à l’émergence de nouveaux imaginaires collectifs, où la diaspora s’affirme comme un acteur à part entière des dyniques contemporaines.
En réunissant experts et acteurs de terrain, l’Institut Al-Mihrab confirme ainsi son rôle de plateforme de réflexion et de dialogue sur des enjeux majeurs. Cette table ronde aura permis d’ouvrir des perspectives nouvelles et de nourrir un débat essentiel sur l’avenir des diasporas en Europe.
wabitimrew.net


















