Migration irrégulière : malgré la suppression du Secrétariat d’État aux Sénégalais de l’Extérieur, la continuité de l’État doit prévaloir

Face à la baisse des arrivées de Sénégalais aux îles Canaries et aux lourdes conséquences humaines de la migration irrégulière, la mobilisation des autorités et de la société civile demeure indispensable. Un appel est lancé pour accompagner les jeunes et renforcer les politiques de prévention.

La migration irrégulière continue de constituer un défi majeur pour le Sénégal, tant sur le plan humain que social et économique. Derrière les statistiques se cachent des parcours de jeunes en quête d’avenir, des familles plongées dans l’angoisse et, parfois, des drames irréversibles en mer.

Dans ce contexte, la suppression du Secrétariat d’État aux Sénégalais de l’Extérieur soulève des interrogations sur la place accordée aux Sénégalais établis hors du pays et sur la coordination des politiques publiques en matière de migration. Toutefois, les changements institutionnels ne doivent pas interrompre les actions engagées. La continuité de l’État doit rester un principe essentiel, particulièrement lorsqu’il s’agit de protéger les citoyens et de prévenir les départs dangereux.

Des chiffres qui interpellent

Selon les premières statistiques présentées par le Dr Modou Diagne, secrétaire permanent du Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), lors de l’atelier organisé à Dakar les 9 et 10 juin 2026, les arrivées de Sénégalais aux îles Canaries seraient passées de 9 554 en 2024 à 4 918 en 2025.

Cette évolution représente une baisse d’environ 48,5 % entre les deux années. Elle constitue un indicateur encourageant, même si elle ne suffit pas, à elle seule, à mesurer l’ensemble du phénomène migratoire ni les risques auxquels les candidats au départ restent exposés.

Le bilan communiqué fait également état de 6 672 interceptions sur la période considérée, dont 3 983 personnes étrangères, soit environ 60 % du total. À cela s’ajoutent 63 embarcations saisies et 309 convoyeurs déférés devant la justice.

Pour l’année 2024, les données présentées font état de 5 192 interceptions, de 407 défèrements et de 105 corps repêchés. Environ 46 000 arrivées aux Canaries, toutes nationalités confondues, avaient alors été recensées.

Ces chiffres doivent être interprétés en tenant compte des périodes de référence et des catégories statistiques utilisées. Ils rappellent néanmoins l’ampleur des enjeux liés aux traversées irrégulières de l’Atlantique.

La coopération internationale, un levier à consolider

Les résultats présentés mettent en lumière le rôle attribué aux accords de coopération avec l’Espagne dans les efforts de prévention et de lutte contre les départs irréguliers.

La coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination demeure importante pour lutter contre les réseaux de passeurs, renforcer les mécanismes de sauvetage et promouvoir des voies de migration régulières.

Cependant, la réponse ne peut se limiter aux interceptions et aux mesures de contrôle. Elle doit également s’attaquer aux facteurs qui poussent certains jeunes à prendre des risques considérables : chômage, précarité, manque de perspectives professionnelles et espoir d’une vie meilleure à l’étranger.

La prévention doit donc s’accompagner de politiques concrètes en matière de formation, d’emploi, d’entrepreneuriat et d’accompagnement des initiatives portées par les jeunes.

Soutenir les jeunes plutôt que les abandonner

Face à cette réalité, il est indispensable de rappeler que les jeunes candidats à l’émigration ne doivent pas être réduits à des statistiques. Ils représentent une force vive pour le développement du Sénégal et méritent des perspectives à la hauteur de leurs aspirations.

L’État, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile, le secteur privé et la diaspora ont chacun un rôle à jouer. L’objectif doit être de proposer des alternatives crédibles à la migration dangereuse, sans stigmatiser ceux qui souhaitent partir ni ignorer les difficultés auxquelles ils sont confrontés.

La diaspora sénégalaise peut notamment contribuer à cette dynamique par le partage de compétences, l’accompagnement de projets économiques, le mentorat et le développement de partenariats entre le Sénégal et les pays d’accueil.

La suppression d’un département ministériel ne doit donc pas signifier la disparition des préoccupations qu’il portait. Les missions essentielles doivent continuer à être assurées par les institutions compétentes, avec des responsabilités clairement définies et des moyens adaptés.

L’Italie et l’avenir des migrants : une inquiétude supplémentaire

Les perspectives annoncées en Italie concernant les étrangers et les demandeurs d’asile alimentent également les inquiétudes. L’évolution des politiques migratoires européennes mérite une attention particulière, notamment pour les Sénégalais qui envisagent de rejoindre le continent européen.

Il convient toutefois de distinguer les annonces politiques, les mesures effectivement adoptées et leur mise en œuvre. Les conséquences pour les migrants dépendent des textes applicables, de leur situation administrative et des procédures en vigueur.

Dans tous les cas, les candidats au départ doivent pouvoir accéder à une information fiable sur les possibilités de migration régulière, leurs droits et les risques liés aux itinéraires clandestins.

Briser le silence et maintenir la mobilisation

Face à ces chiffres préoccupants et aux drames humains qui accompagnent la migration irrégulière, il est nécessaire de reprendre la parole et de maintenir le sujet au cœur du débat public.

La baisse des arrivées de Sénégalais aux Canaries constitue un signal à examiner avec attention, mais elle ne doit pas conduire à relâcher les efforts. La lutte contre la migration irrégulière exige une approche durable, fondée sur la prévention, la coopération internationale, la protection des vies humaines et la création de perspectives économiques.

Apporter notre soutien aux jeunes, c’est leur donner les moyens de construire leur avenir. Défendre la continuité de l’État, c’est veiller à ce que les politiques publiques essentielles se poursuivent au-delà des réorganisations institutionnelles.

Le véritable défi est de faire en sorte que partir ne soit plus, pour une partie de la jeunesse, perçu comme l’unique voie vers une vie meilleure. Cela suppose des actes, des investissements et une mobilisation collective à la mesure de l’enjeu.

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