Le gouvernement espagnol a décidé de régulariser près de 500 000 migrants en situation irrégulière présents sur son territoire avant la fin de l’année 2025. Pour bénéficier de cette mesure, les personnes concernées devront justifier d’une résidence d’au moins cinq mois en Espagne ou avoir introduit une demande d’asile avant cette échéance. Les bénéficiaires obtiendront un titre de séjour d’un an leur permettant d’exercer une activité professionnelle dans tous les secteurs du pays.
Cette annonce a suscité des réactions à Bruxelles. La Commission européenne a fait part de ses interrogations quant à la compatibilité de cette initiative avec la politique migratoire commune de l’Union européenne. Plusieurs responsables estiment qu’une régularisation d’une telle ampleur pourrait fragiliser les efforts déployés par l’UE pour contenir l’immigration irrégulière.
Selon eux, cette mesure risque d’envoyer un signal contradictoire alors que l’Union cherche à renforcer la dissuasion face aux arrivées clandestines. Une autre préoccupation concerne la liberté de circulation dans l’espace Schengen : les migrants régularisés en Espagne pourraient en effet voyager jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours dans les autres pays membres. Certains craignent que cela n’encourage des installations irrégulières ailleurs en Europe et ne complique davantage la gestion des frontières.
La défense du gouvernement espagnol
Sous la direction de Pedro Sánchez, l’exécutif espagnol assume pleinement ce choix. La ministre des Migrations, Elma Saiz, met en avant les retombées économiques et sociales attendues. Selon elle, l’intégration de ces travailleurs dans l’économie formelle permettra de lutter contre le travail non déclaré et d’améliorer leurs conditions de vie.
Le gouvernement souligne également les pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés, tels que l’agriculture, la construction et les services. La régularisation est ainsi présentée comme une réponse pragmatique aux besoins du marché du travail, tout en favorisant une meilleure cohésion sociale.
Un contexte européen plus strict
Cette initiative intervient alors que l’Union européenne adopte une ligne plus ferme en matière migratoire. Les États membres multiplient les mesures destinées à limiter les entrées irrégulières et à accélérer les retours vers les pays d’origine. Parmi les réformes en discussion figure notamment l’extension de la notion de « pays tiers sûrs », permettant de transférer des demandeurs d’asile vers des États avec lesquels ils n’ont pas nécessairement de lien direct. L’objectif affiché est de raccourcir les délais de traitement des demandes et de réduire les arrivées non autorisées.
Le commissaire européen aux Affaires intérieures et aux Migrations, Magnus Brunner, doit prochainement s’exprimer devant le Parlement européen afin d’évaluer les conséquences de la décision espagnole sur l’espace Schengen et sur la politique migratoire commune. Ce débat pourrait mettre en lumière les divergences persistantes entre Madrid et plusieurs capitales européennes, attachées à une approche plus restrictive. Les discussions s’annoncent sensibles, dans un contexte où chaque État membre défend ses priorités nationales en matière d’immigration.