Longtemps considérée comme un pilier discret de l’économie nationale, la diaspora sénégalaise s’impose aujourd’hui comme un acteur stratégique du développement. Pourtant, derrière l’importance reconnue des transferts financiers, un défi majeur persiste : la maîtrise réelle des données concernant les Sénégalais établis à l’étranger.
Invité de l’émission Jury du Dimanche, l’expert en migration Ibrahima Kane souligne que « la diaspora constitue l’un des principaux leviers économiques du Sénégal, mais l’absence de statistiques précises empêche encore une exploitation stratégique de ce potentiel ». Dans un contexte où la migration devient un levier économique, diplomatique et politique, la capacité du Sénégal à disposer de données fiables apparaît désormais comme une question de souveraineté nationale.
Une diaspora importante mais encore difficile à quantifier
Les estimations indiquent que plusieurs millions de Sénégalais vivent hors du territoire national, répartis entre l’Europe, l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient et d’autres pays africains. Toutefois, ces chiffres restent approximatifs en raison de l’absence d’un système statistique consolidé et actualisé. Selon l’analyse de l’expert, « cette faiblesse statistique limite la capacité des pouvoirs publics à identifier précisément les profils professionnels, les secteurs d’activité et les zones d’implantation des expatriés ». Une meilleure connaissance de ces données permettrait pourtant d’orienter plus efficacement les politiques d’investissement.
Les transferts financiers, pilier de la résilience économique
La diaspora joue un rôle déterminant dans la stabilité du pays. Les transferts de fonds constituent une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles et soutiennent des secteurs clés tels que le logement, la santé ou l’éducation. Des institutions comme la Banque mondiale soulignent régulièrement le poids de ces flux dans l’économie nationale.
Toutefois, comme le rappelle Ibrahima Kane, réduire la diaspora à sa seule contribution financière constitue une vision restrictive. Selon lui, « la diaspora représente également un réservoir de compétences, d’expertise et d’influence diplomatique qui reste largement sous-exploité ». La mise en place d’un système intégré de suivi statistique permettrait notamment de faciliter le retour des talents et de stimuler l’innovation. L’expert a ainsi insisté sur la nécessité de créer des outils numériques pour connecter ces compétences aux besoins économiques nationaux.
La diaspora, un levier d’influence internationale
Au-delà de l’aspect financier, les communautés sénégalaises à l’étranger participent au rayonnement culturel et diplomatique du Sénégal.
Elles jouent un rôle clé dans la promotion de l’image nationale et le développement de partenariats internationaux. Dans une ère de compétition mondiale pour les talents, la mobilisation structurée de cette force vive pourrait renforcer la position stratégique du pays.
La maîtrise des chiffres dépasse donc la simple statistique : elle s’inscrit dans une vision globale visant à transformer la migration en levier de développement durable. Comme l’a souligné l’invité du Jury du Dimanche, la capacité du Sénégal à mieux structurer et mobiliser sa diaspora constituera l’un des piliers majeurs de son affirmation diplomatique dans les années à venir.