Union africaine : le modèle de coopération avec l’étranger que l’Éthiopie appelle à définitivement abandonner

Les travaux préparatoires du prochain sommet des chefs d’État de l’Union africaine (UA) ont débuté dans une atmosphère de franche explication diplomatique à Addis-Abeba. Alors que les ministres des Affaires étrangères du continent sont réunis pour baliser le terrain avant la rencontre au sommet prévue cette semaine, le pays hôte a tenu à recadrer les termes de l’échange avec le reste du monde, pointant du doigt des déséquilibres structurels persistants.

Lors de son intervention à la 48e session ordinaire du Conseil exécutif de l’UA, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a livré un diagnostic sans concession sur les rapports de force actuels. Selon les propos rapportés par l’agence Anadolu, le chef de la diplomatie éthiopienne a exhorté ses homologues à bâtir une Afrique plus cohésive, seule parade efficace contre ce qu’il qualifie de « manœuvres prédatrices » orchestrées par certains acteurs extérieurs.

Pour Addis-Abeba, le regard porté sur le continent n’a pas fondamentalement changé. Gedion Timothewos déplore qu’une « mentalité de domination, d’extraction et d’exploitation » continue de servir de prisme à de nombreux partenaires internationaux. Dans un environnement mondial où les calculs politiques et sécuritaires éclipsent souvent la coopération économique pure, il estime que l’unité africaine ne doit plus être un slogan, mais une réalité opérationnelle pour défendre les intérêts stratégiques du continent.

Cette posture se traduit par un rejet clair de l’aide au développement classique. L’Afrique, a martelé le ministre, n’a pas besoin de « simples actes de charité ou de la bonne volonté des autres », mais exige désormais de « véritables partenariats ». Une équité qui, selon lui, ne pourra être obtenue que par la force émanant de l’unité continentale.

Le diplomate n’a toutefois pas occulté les fragilités internes qui minent cette ambition. Il a souligné que les changements anticonstitutionnels de gouvernement, observés récemment dans plusieurs pays, continuent d’éroder les fondements de l’institution panafricaine et d’affaiblir la sécurité collective.

Ces discussions ministérielles doivent aboutir à des projets de décisions soumis aux chefs d’État les 14 et 15 février. Si les enjeux géopolitiques dominent les débats du Conseil exécutif, le sommet lui-même se tiendra sous le thème technique mais crucial de l’Agenda 2063 : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs ».