
Boubacar Boris Diop vient d’être distingué par Bridgevision, à travers le Lifetime Achievement Award de la troisième édition des Radiate Rwanda Awards, dont la remise se tiendra le 6 novembre 2026 à Kigali. Fait notable, contrairement aux autres lauréats sélectionnés par un jury de cinq personnalités rwandaises, l’écrivain sénégalais a été distingué sur nomination directe de l’organisateur, en reconnaissance, selon les termes employés, de son « œuvre considérable ».
Il faut le dire sans détour : cette distinction internationale, qui consacre l’un des intellectuels sénégalais les plus accomplis de sa génération, n’a suscité jusqu’ici qu’un silence quasi général dans la presse nationale. Alors que le moindre fait divers, la moindre déclaration politique trouvent immédiatement leurs relais et leurs commentateurs, un tel honneur rendu à un compatriote peine à franchir le seuil des rédactions. Ce mutisme interroge sur la hiérarchie de nos priorités éditoriales et sur la place réelle que nous accordons à ceux qui portent, loin des tumultes politiciens, le prestige intellectuel et culturel du pays.
Boubacar Boris Diop n’est pourtant pas un inconnu que l’on découvrirait à la faveur de ce prix. Romancier, dramaturge, essayiste et journaliste, il a déjà reçu le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 2000 pour l’ensemble de son œuvre, ainsi que le prestigieux Neustadt International Prize for Literature en 2022, l’un des plus hauts prix internationaux de littérature. Son roman Murambi, le livre des ossements, inspiré de son séjour au Rwanda après le génocide des Tutsi, demeure une référence de la littérature consacrée à cette tragédie. Fondateur des Éditions EJO, dédiées à la littérature en langues nationales sénégalaises, créateur de la collection Céytu destinée à traduire en wolof des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale, il est également à l’origine de Lu Defu Waxu, premier journal hebdomadaire en ligne entièrement rédigé en wolof.