Sénégal : une deuxième raffinerie de 4 millions de tonnes pour accélérer la souveraineté énergétique

En marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Président de la République du Sénégal, Son Excellence Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a présidé, ce mercredi à New York, la cérémonie de signature d’un protocole d’accord entre la Société africaine de raffinage (SAR) et la compagnie turque Yamata.

Le document a été signé par le Directeur général de la SAR, Mamadou Abib Diop, et le Président-directeur général de Yamata, Cengiz Duyar. Cet accord ouvre une nouvelle étape dans la stratégie sénégalaise de renforcement des capacités de raffinage et de transformation locale des hydrocarbures.

Une nouvelle raffinerie d’une capacité de 4 millions de tonnes

Au cœur du partenariat figure la construction d’une deuxième raffinerie d’une capacité de 4 millions de tonnes par an. La future infrastructure sera notamment conçue pour traiter le pétrole brut issu du champ de Sangomar, tout en étant capable de traiter une gamme diversifiée de pétroles bruts. L’investissement annoncé pour cette nouvelle unité est compris entre 2 et 3 milliards de dollars. Le protocole prévoit également la modernisation de la raffinerie de Mbao, actuellement en activité, avec une enveloppe estimée entre 300 et 500 millions de dollars. L’objectif est de renforcer et de moderniser l’outil industriel existant tout en développant une capacité nationale de raffinage adaptée aux nouvelles réalités du secteur pétrolier sénégalais.

Un financement privé sans garantie souveraine

Dans le schéma retenu, Yamata prendra en charge l’ingénierie, les achats, la construction ainsi que le financement du projet, en mobilisant les ressources nécessaires auprès de ses partenaires financiers. Selon les informations communiquées à l’occasion de la signature, ce financement doit être réalisé sans garantie souveraine de l’État sénégalais. Le protocole ouvre par ailleurs la voie à la finalisation des études d’ingénierie de détail, présentées comme une étape préalable au démarrage de la construction.

Du pétrole brut à la transformation industrielle

Le Sénégal est entré dans l’ère de la production pétrolière avec le développement de ses ressources offshore, notamment à Sangomar. La mise en place de capacités supplémentaires de raffinage vise désormais à renforcer la transformation locale de cette ressource et à réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers.

La future raffinerie doit permettre, selon les objectifs annoncés par les autorités, de couvrir les besoins du marché national et de dégager des volumes excédentaires destinés au marché sous-régional. Le projet inscrit ainsi le Sénégal dans une perspective de développement de ses capacités de raffinage et de positionnement sur le marché ouest-africain.

Un projet aux ramifications industrielles

Au-delà de la production de carburants, l’enjeu est également industriel. Le développement d’une infrastructure de raffinage de cette dimension peut favoriser l’émergence d’activités connexes dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, les transports, la construction, la logistique et l’industrie. Le partenariat prévoit également des perspectives dans le domaine de la pétrochimie, avec l’ambition de favoriser davantage la transformation locale des dérivés du pétrole et l’émergence de nouvelles chaînes de valeur industrielles. Cette dynamique pourrait créer un effet d’entraînement sur les entreprises sénégalaises, notamment à travers les besoins en sous-traitance, en maintenance industrielle, en services logistiques, en ingénierie et en fourniture d’équipements.

Plus de 15 000 emplois annoncés

La phase de construction devrait générer plus de 15 000 emplois directs, avec une place importante accordée au contenu local. Les besoins concerneront notamment les métiers de l’ingénierie, de la maintenance, de la construction et de la logistique industrielle. Pour les jeunes Sénégalais, le projet représente ainsi une perspective de développement de compétences spécialisées dans les métiers liés aux hydrocarbures et aux grands projets industriels.

Une nouvelle étape pour la souveraineté énergétique

La signature du protocole d’accord entre la SAR et Yamata intervient alors que le Sénégal cherche à renforcer la valorisation locale de ses ressources énergétiques et à développer des capacités industrielles adaptées à son nouveau statut de pays producteur d’hydrocarbures. Avec la construction projetée de cette deuxième raffinerie et la modernisation de Mbao, les autorités affichent l’ambition de franchir une nouvelle étape : produire, raffiner et transformer davantage sur le territoire national, tout en développant les possibilités d’approvisionnement du marché sous-régional.

Le projet constitue donc un volet important de la stratégie de développement du secteur des hydrocarbures. Sa concrétisation dépendra désormais de la finalisation des études techniques, de la mobilisation effective des financements et du passage aux différentes étapes de réalisation du chantier. A New York, la signature entre la SAR et Yamata marque ainsi le lancement d’une nouvelle phase du projet industriel sénégalais, avec en ligne de mire le renforcement des capacités nationales de raffinage et la création de nouvelles chaînes de valeur autour des hydrocarbures.